Honnêtement, lequel d'entre nous n'a jamais prononcé cette phrase? Après je sais pas, j'ai peut-être eu une enfance particulièrement bizarre.
Reste que pour moi c'est un témoin de ce que l'enfance a de touchant, la naïveté de penser que le temps qu'on arrive en age de se marier la personne en question ne se trainera pas en déambulateur, ravagée par des années de star system et par tous les excès qui vont avec. Imaginez par exemple la tronche que feraient aujourd'hui ceux qui ont dit ça de Witney Houston il y a quelques années de ça si on leur annonçait de but en blanc "Bon ben voilà, ton voeu est exaucé, démerde-toi avec ce qu'il reste d'elle". Et surtout, surtout, ne pensez pas à ceux qui disaient ça de Brigitte Bardot, je vous en veux pas au point de vous faire faire des cauchemars.
Mais quand-même c'est fascinant à quel point les femmes sont un argument de poids quand il s'agit de vendre des disques. Quelle carrière aurait eu Madonna si elle avait eu le physique de Sim avec des random nichons en gant de toilette? Est-ce que des chansons du genre "like a virgin" auraient eu le même succès? Vous non plus vous y croyez pas, avouez.
Rahlàlà, combien de gosses émus devant les clips de la fameuse Madonna (surtout avant qu'elle troque ses origines italiennes contre une bouteille d'eau oxygénée, en fait)? Combien de milliers de caleçons d'ados rendus collants puis rigides après séchage à force de traquer les interventions télévisuelles d'Alizée en quête du moment où, à l'issue d'un pas de danse improbable, elle réussirait à craquer sa culotte? Vous avez idée un peu de toute cette tension coupable? De toute cette violence renfermée? De ces longues minutes à se forcer à regarder Jacques Martin en bouillant intérieurement? Combien d'esprits remplis à ras bord de "MAIS PUTAIN TU VAS LA CRAQUER TA CULOTTE, ESPECE DE GROSSE COCHONNE!!"?
Ca fait froid le dos rien que d'y penser, en fait. Mais c'est un fait, la meilleure promo imaginable, c'est une nana. Les quelques personnes qui ont déjà fréquenté un salon estampillé "mâle" (Jeux vidéo, Automobile, Bricolage, Informatique en général, autres clichés du genre) abonderont dans mon sens, quand on en ressort, ce qu'on retient généralement, c'est que "Putain sur le stand de [chut chut pas de marque] y avait de ces bonnasses sa mère!".
Oui, les femmes font vendre, mais de temps en temps, c'est un autre type de fascination qui se crée. Les femmes et la musique (comment j'ai tenu longtemps avant de lâcher ce mot, pour une fois) sont deux choses qui vont de pair et pas seulement quand il s'agit d'attirer le chaland à coups d'exposition de nichons pour lui faire acheter le dernier disque maison.
Un exemple tout bète, prenez Maxinquaye, l'album mythique de Tricky. On sent dès la première écoute ce côté "muse" chez Martina Topley-Bird. Et bien que l'audace soit la marque de fabrique du bonhomme, j'ai l'impression qu'il n'a jamais autant osé que sur cet album. Chacun des morceaux où elle apparait est taillé sur mesure pour elle, ce n'est pas Martina qui est le faire-valoir de l'album, c'est tout l'album qui est un faire-valoir pour Martina. Et pour le coup, Tricky a su sortir tout son génie pour mieux projeter sa compagne de l'époque sur le devant de la scène.
Des textes aux clips, en passant par les productions, tout est fait pour mettre en avant la douceur et la sensualité de la demoiselle, sans avoir peur de passer d'un extrème à l'autre entre les touchants et délicats Aftermath et Overcome et le surprenant et punchy Black Steel.
Parlons-en de Black Steel, fallait quand-même avoir sacrément confiance en elle pour la lancer sur une reprise d'un texte de Public Ennemy qui traite du refus d'être enrolé d'office dans l'armée. Surtout quand on tient compte de la subtilité de Martina sur les morceaux cités plus haut. Et pourtant ben... Le mélange a beau être foutrement improbable, il prend à merveille, l'ingénuité et la nonchalance de Martina donnent une naïveté très touchante au morceau qui gagne finalement énormément à ne pas être chanté au premier degré par Tricky, passant d'un seul coup du statut de potentielle reprise lambda sans grand intérêt à celui de chef d'oeuvre plein d'audace.
Et pourtant, résumer la participation de Martina à ce morceau, ce serait passer à côté de l'album, jetez un oeil au clip d'Aftermath, puis osez dire qu'elle n'est pas émouvante, touchante de fragilité et d'insouciance, débordante de sensualité, belle comme tout et dotée d'un brin de voix à vous faire vibrer les tripes sans que ce soit à cause d'un abus nocturne d'alcool. Y a une finesse, une beauté fragile qui ne peut avoir pour excuse que la jeunesse, elle est diablement attachante, terriblement attirante par son air de ne pas y toucher.
Alors oui certes, elle avait 18 ans à l'époque, certes ces quinze dernières années elle s'est perdue dans des délires capillaires assez déroutants. Certes, certes, certes. Mais au fond quand on est gosse on s'en fout, l'age n'existe pas, on n'a pas encore pris toute la mesure du vieillissement et de son fonctionnement, et puis après tout, dans ces clips tous plus magnifiques les uns que les autres elle aura toujours 18 ans.
Alors bon, c'est décidé,
Quand je serai grand j'me marierai avec Martina.
Ps : Jetez quand même une oreille au passage à ses deux albums solo sortis sur le tard (2003 et 2008), il y a peu de chances pour que vous soyiez déçu(e)s. Mais surtout, ne ratez pas l'occasion de (re)découvrir Maxinquaye.
28.9.09
25.8.09
El-P, premier acte : Les femmes
Par quoi je commencerais pour faire partager mon amour profond pour la musique à mon fils?
Sûrement pas par El-P, ça ça viendrait plus tard, non pour commencer j'lui ferais aimer des trucs légers, des choses qui s'écoutent l'air de rien, juste le temps de vous arracher un sourire ou un petit rictus de malaise.
El-P je garderais ça pour plus tard, comme un trésor qu'on couve précieusement en attendant le jour où... Et puis dès l'instant où je le sentirais prêt à comprendre ce qui se cache derrière ces mots, dès que je le sentirais mûr pour ressentir cette musique-là au fond de son âme et de ses tripes, là mon premier réflèxe serait de lui faire découvrir ça. Et autant vous je vais vous bassiner avec trois articles consécutifs sur le bonhomme (sisi...) autant je pense que pour lui je me contenterai de lui parler du premier, celui qui ne va plus trop tarder à naitre sous mes doigts. Pour le reste il pourra le découvrir par lui-même s'il le souhaite.
J'vous ai déjà parlé d'El-P, sisi rappelez-vous, c'était mon dernier article avant de lâcher complètement le fil, celui avec lequel j'avais pensé pouvoir retrouver la flamme. Je vous en avais parlé brièvement dans la chronique de "The Cold Vein", même si fallait pas être devin pour comprendre que la personne dont j'admirais le talent derrière tout ça c'était bel et bien El-P.
On lui a reproché beaucoup de choses, on l'a beaucoup critiqué. Quand il s'est livré sur "Fantastic Damage" la critique trouvait qu'il abusait trop des effets du Kaoss Pad de chez Körg, un petit boitier qui permet des effets de distorsions absolument sidérants. Du coup par la suite il a fait plus simple, plus dépouillé et on lui a alors reproché (à juste titre) de faire dans la facilité.
Moi ce que je dis de tout ça c'est que Fantastic Damage est une pépite rare, à pas mettre entre toutes les oreilles, certes, mais une vraie perle comme on n'en croise pas beaucoup dans une vie.
Et perdue au milieu de cet album, une perle parmi les perles, le sublime morceau "T.O.J.".
Je sais pas ce qui fait que je trouve ce type si attachant, peut-être le fait qu'il est pas bien beau, qu'il est petit, grassouillet, qu'il est roux, que c'est un blanc perdu dans un univers black, sûrement tout ça en fait. Ce type est fragile, il donne l'impression d'être seul au monde et en celà il me rappelle énormément ce que j'ai pu ressentir à certaines étapes de ma vie, l'impression d'être seul, de venir d'un autre monde, l'impression que personne ne pourrait jamais me comprendre, l'impression que je regarderais toujours ce monde comme un spectateur sans jamais avoir le courage de monter sur scène pour affronter les projecteurs.
Et dans son univers musical barré, fait de collages improbables, de sonorités électroniques et mécaniques, d'effets spéciaux uniques, le morceau qui m'a le plus marqué reste et restera "T.O.J.". J'pense qu'on a tous ressenti ça un jour, l'impression qu'un texte parle à notre place, qu'il dit ce qu'on a toujours eu sur le coeur sans jamais trouver les mots. C'est l'impression que m'a fait T.O.J. le jour où je me suis décidé à m'attarder sur ses paroles. Mais bien plus que tout ça, il dégage en plus une impression étrange, dérangeante, les mots de cette chanson pourraient être les miens, le ton résigné, la façon de présenter les choses de manière crue sans chercher à les enjoliver, c'est exactement de cette façon que je me serais exprimé à l'époque si j'en avais eu le courage.
T.O.J. parle des femmes, mais il en parle à la manière El-P, sans fioritures, sans froufrouteries niaises, mais avec un respect extrèmement touchant malgré la dureté du propos. C'est assez rare de trouver dans le monde du Hip-Hop des textes qui parlent des femmes sans tomber dans les clichés habituels, sans jouer les lovers ni voir des putes en chaque représentante du sexe féminin.
A vrai dire El-P, que ce soit dans "T.O.J." ou dans "The Overly Dramatic Truth", dont je vous parlerai un peu plus loin au cours de cette loghorrée écrite, parle moins des femmes que de la façon dont il se sent face à elles, et on sent à quel point il les aime et à quel point il se déteste lui. C'est sûrement ça la révolution El-P, admettre qu'un homme peut avoir ses faiblesses, qu'il n'est pas obligé d'être un dur, un tueur. Et que malgré tout ça ça reste un homme. Ca a l'air con d'évidence et pourtant c'est un message qui témoigne d'une sensibilité touchante sans pour autant s'entacher de sensiblerie. C'est un message qui m'a en tout cas beaucoup touché moi, en tant qu'homme qui se reconnait dans tout ça.
Il y a une phrase dans T.O.J. qui m'a frappé en plein visage, comme une bonne grosse torgnole qui te remet les idées en place et qui te fait te dire "mais bien sûr, si j'avais pas passé mon temps à m'apitoyer sur mon sort ça m'aurait sauté aux yeux". Le bien que ça m'a fait de me faire déchausser les molaires par ça, vous pouvez pas imaginer. La phrase en question c'est ça "Before I could become a grown man I had to lose my mind", littéralement "Il fallait que je perde l'esprit avant de pouvoir devenir un homme mûr".
Et ça a été un grand révélateur dans ma vie, j'me rappelle encore une certaine Cat que j'ai emmerdée avec ça le jour où j'ai eu la révélation, une Cat qui me disait "désolée mais j'peux pas écouter ça, c'est vraiment pas mon truc". Mais moi j'm'en foutais, moi je venais de comprendre, comprendre pourquoi j'avais sombré quelques années plus tôt, comprendre aussi que j'avais pas été le seul à ressentir ça, comprendre que j'étais peut-être pas si seul au monde que j'avais voulu le croire, même si finalement cette idée-là était assez dérangeante au premier abord, vu qu'elle faisait sauter instantanément une partie de ma carapace.
C'est ça qui m'est arrivé et ce dont toute cette chanson parle c'est de ma propre vie d'il y a quelques années, la sensation d'aimer comme un malade, mais de pas être capable de le montrer, parce-que par-dessus tout ça y a la sensation d'être une sous-merde qui mérite rien de tout ça.
Moi aussi c'est comme ça que j'ai foiré cette histoire-là, moi non plus j'pouvais pas aimer sincèrement quelqu'un de génial alors que je me détestais et c'est pour ça que j'ai pété un câble, que je me suis fait du mal jusqu'à plus en pouvoir, que j'ai tout saccagé autour de moi, c'était pour pouvoir devenir un adulte.
Moi non plus ma transition s'est pas faite dans la douceur, moi aussi j'ai fini par devenir un homme dans la douleur, par dépit et pour que tout ça s'arrète, pour que ce que je suis ne me fasse plus mal, pour devenir enfin moi-même, me débarasser de cette carapace à la con qui m'avait détruit alors qu'elle était sensée me protéger.
Et moi aussi j'ai ouvert les yeux après avoir tout perdu, en fait c'est ce couplet tout entier, la deuxième partie de la chanson qui me parle vraiment. Oh c'est sûr, je pourrais m'apesantir sur la dimension musicale, sur le tango destructuré, sur tout ça, parce-qu'il y a beaucoup à dire sur la façon dont la musique porte ce texte, mais je prendrai bien assez de temps là-dessus dans les articles à venir, non là l'essentiel se trouve ailleurs:
"Everything you said I took it all to heart
And you spurred a change in me
Before I could become a new sun I had to fall apart
And I can see that now
And I wish you well
Cause you saw what was good in me
And I'll be god damned if I can't see that myself
And everything you are
I know you got your pride
Before I could become a grown man I had to lose my mind
And I see that now
And I wish you well
Cause I see what's good in you
And I'll be god damned if you can’t see that yourself"
Soit grosso-modo pour les anglophobes :
"J'ai pris tout ce que tu m'as dit en plein coeur et tu as insufflé un changement en moi
Il fallait que je vole en éclats avant de devenir un soleil nouveau
Et je le vois maintenant, et je te souhaite d'être heureuse,
Parce-que tu as vu ce qui était bon chez moi et je serai maudit si je ne peux pas le voir moi même
Et tout ce que tu es, je sais que tu avais ta fierté,
Il fallait que je perde l'esprit avant de devenir un homme mûr,
Et je le vois maintenant, et je te souhaite d'être heureuse,
Parce-que je vois ce qui est bon chez toi et je serai maudit si tu ne peux pas le voir toi-même"
De deux choses l'une, désolé pour le côté hésitant de ma traduction et ensuite j'ai un doute sur le mot "sun", moi j'ai toujours entendu "son" mais je lis "sun" partout. Enfin c'est pas ça qui changera fondamentalement le sens.
Voilà, ces quelques mots c'est deux années de ma propre vie et des années ensuite à me dire "mais bordel pourquoi j'ai plus la possibilité de lui dire juste ça avant de disparaitre definitivement de sa vie?".
C'est ça que j'aimerais que mon fils comprenne, pas qu'il ressente cette chanson là comme moi je la comprends, parce-qu'il ne vivra pas exactement la même chose que moi. Mais qu'il comprenne à quel point on peut vivre une relation presque fusionnelle avec certains mots.
Et T.O.J. il y aura droit, si il cherche à comprendre son père il devra nécessairement en passer par-là.
On pourrait croire que c'est un "coup comme ça", un texte qui restera sans suite, mais ce qui est génial dans l'oeuvre d'El-P c'est qu'il est possible de tracer des chronologies sur plusieurs thèmes, c'est d'ailleurs le sens de cet article en trois parties, une partie pour chaque thème principal d'El-P dont les femmes n'est que le premier.
Et l'évolution, dans le cas présent, ce fût "The overly dramatic truth" quelques années plus tard.
Encore une fois on a à faire à un morceau d'une intensité rare, dérangeant tellement il est personnel, prenant aux tripes tellement il transpire d'honnêteté, comme toujours y a pas d'artifices, pas de volonté d'enjoliver la réalité, tout y est cru et le propos en lui-même est d'une intensité qui le rend presque violent.
El-P y parle ici de son malaise face à une relation qu'il aimerait pouvoir rejeter s'il s'en sentait la force. Il s'y adresse à une femme beaucoup plus jeune que lui, y exposant le tiraillement auquel il est soumis, entre l'envie d'elle et celle de la faire fuir de peur de briser cette femme en devenir. C'est pas gai, ça c'est sûr, mais le texte est d'une beauté et d'une honnêteté réellement touchantes.
Il y passe par plusieurs états, le premier couplet ressemble à l'annonce d'une rupture à contrecoeur, il rejette cette relation, semble la quitter, puis vient le refrain qui sonne comme un avertissement, comme la promesse de tout le mal qu'il lui ferait sans qu'elle s'en rende compte.
Et vient enfin le deuxième couplet, terrible constat d'échec, il ne pourra pas la quitter, il restera avec elle, il profitera de sa jeunesse, trop lâche pour la quitter, et il se dégoute lui-même car il sait qu'il agit de manière purement égoïste et qu'au bout du compte il lui fera plus de mal que de bien. Le texte dans sa globalité est magnifique, seulement les deux dernières phrases résument à elles seules tout ce qu'il contient de contradictions et de violence contenue.
"I will put myself inside you, find some way to run and hide you
I can't be responsible, do as I say, not as I do"
"Je vais venir en toi, trouve un moyen de courir te cacher
Je ne peux pas agir de manière responsable, fais ce que je dis, pas ce que je fais"
Et c'est un homme meurtri qui finit par se résigner après le deuxième refrain, se rendant compte que finalement, on peut pas savoir sans essayer.
C'est ça qui est foutrement prenant chez El-P au-delà de son génie musical indiscutable, c'est son honnêteté, sa façon de se présenter sans tricher, en admettant ses défauts, les laideurs de son être, c'est tout ça qui sublime finalement ce qu'il y a de positif en lui. Et c'est ça qui fait que je m'en sens proche.
Alors non ça a rien de particulièrement guilleret, mais bon dieu que c'est bon de se mettre des baffes et d'en prendre en pleine tronche de temps en temps.
Bon dieu que c'est bon de s'autoriser à être vulnérable, à se foutre des idées reçues, de ne pas chercher à renvoyer une image positive de soi.
Bon dieu que c'est bon de n'être qu'un être humain avec ses forces et ses faiblesses et de le montrer.
Sûrement pas par El-P, ça ça viendrait plus tard, non pour commencer j'lui ferais aimer des trucs légers, des choses qui s'écoutent l'air de rien, juste le temps de vous arracher un sourire ou un petit rictus de malaise.
El-P je garderais ça pour plus tard, comme un trésor qu'on couve précieusement en attendant le jour où... Et puis dès l'instant où je le sentirais prêt à comprendre ce qui se cache derrière ces mots, dès que je le sentirais mûr pour ressentir cette musique-là au fond de son âme et de ses tripes, là mon premier réflèxe serait de lui faire découvrir ça. Et autant vous je vais vous bassiner avec trois articles consécutifs sur le bonhomme (sisi...) autant je pense que pour lui je me contenterai de lui parler du premier, celui qui ne va plus trop tarder à naitre sous mes doigts. Pour le reste il pourra le découvrir par lui-même s'il le souhaite.
J'vous ai déjà parlé d'El-P, sisi rappelez-vous, c'était mon dernier article avant de lâcher complètement le fil, celui avec lequel j'avais pensé pouvoir retrouver la flamme. Je vous en avais parlé brièvement dans la chronique de "The Cold Vein", même si fallait pas être devin pour comprendre que la personne dont j'admirais le talent derrière tout ça c'était bel et bien El-P.
On lui a reproché beaucoup de choses, on l'a beaucoup critiqué. Quand il s'est livré sur "Fantastic Damage" la critique trouvait qu'il abusait trop des effets du Kaoss Pad de chez Körg, un petit boitier qui permet des effets de distorsions absolument sidérants. Du coup par la suite il a fait plus simple, plus dépouillé et on lui a alors reproché (à juste titre) de faire dans la facilité.
Moi ce que je dis de tout ça c'est que Fantastic Damage est une pépite rare, à pas mettre entre toutes les oreilles, certes, mais une vraie perle comme on n'en croise pas beaucoup dans une vie.
Et perdue au milieu de cet album, une perle parmi les perles, le sublime morceau "T.O.J.".
Je sais pas ce qui fait que je trouve ce type si attachant, peut-être le fait qu'il est pas bien beau, qu'il est petit, grassouillet, qu'il est roux, que c'est un blanc perdu dans un univers black, sûrement tout ça en fait. Ce type est fragile, il donne l'impression d'être seul au monde et en celà il me rappelle énormément ce que j'ai pu ressentir à certaines étapes de ma vie, l'impression d'être seul, de venir d'un autre monde, l'impression que personne ne pourrait jamais me comprendre, l'impression que je regarderais toujours ce monde comme un spectateur sans jamais avoir le courage de monter sur scène pour affronter les projecteurs.
Et dans son univers musical barré, fait de collages improbables, de sonorités électroniques et mécaniques, d'effets spéciaux uniques, le morceau qui m'a le plus marqué reste et restera "T.O.J.". J'pense qu'on a tous ressenti ça un jour, l'impression qu'un texte parle à notre place, qu'il dit ce qu'on a toujours eu sur le coeur sans jamais trouver les mots. C'est l'impression que m'a fait T.O.J. le jour où je me suis décidé à m'attarder sur ses paroles. Mais bien plus que tout ça, il dégage en plus une impression étrange, dérangeante, les mots de cette chanson pourraient être les miens, le ton résigné, la façon de présenter les choses de manière crue sans chercher à les enjoliver, c'est exactement de cette façon que je me serais exprimé à l'époque si j'en avais eu le courage.
T.O.J. parle des femmes, mais il en parle à la manière El-P, sans fioritures, sans froufrouteries niaises, mais avec un respect extrèmement touchant malgré la dureté du propos. C'est assez rare de trouver dans le monde du Hip-Hop des textes qui parlent des femmes sans tomber dans les clichés habituels, sans jouer les lovers ni voir des putes en chaque représentante du sexe féminin.
A vrai dire El-P, que ce soit dans "T.O.J." ou dans "The Overly Dramatic Truth", dont je vous parlerai un peu plus loin au cours de cette loghorrée écrite, parle moins des femmes que de la façon dont il se sent face à elles, et on sent à quel point il les aime et à quel point il se déteste lui. C'est sûrement ça la révolution El-P, admettre qu'un homme peut avoir ses faiblesses, qu'il n'est pas obligé d'être un dur, un tueur. Et que malgré tout ça ça reste un homme. Ca a l'air con d'évidence et pourtant c'est un message qui témoigne d'une sensibilité touchante sans pour autant s'entacher de sensiblerie. C'est un message qui m'a en tout cas beaucoup touché moi, en tant qu'homme qui se reconnait dans tout ça.
Il y a une phrase dans T.O.J. qui m'a frappé en plein visage, comme une bonne grosse torgnole qui te remet les idées en place et qui te fait te dire "mais bien sûr, si j'avais pas passé mon temps à m'apitoyer sur mon sort ça m'aurait sauté aux yeux". Le bien que ça m'a fait de me faire déchausser les molaires par ça, vous pouvez pas imaginer. La phrase en question c'est ça "Before I could become a grown man I had to lose my mind", littéralement "Il fallait que je perde l'esprit avant de pouvoir devenir un homme mûr".
Et ça a été un grand révélateur dans ma vie, j'me rappelle encore une certaine Cat que j'ai emmerdée avec ça le jour où j'ai eu la révélation, une Cat qui me disait "désolée mais j'peux pas écouter ça, c'est vraiment pas mon truc". Mais moi j'm'en foutais, moi je venais de comprendre, comprendre pourquoi j'avais sombré quelques années plus tôt, comprendre aussi que j'avais pas été le seul à ressentir ça, comprendre que j'étais peut-être pas si seul au monde que j'avais voulu le croire, même si finalement cette idée-là était assez dérangeante au premier abord, vu qu'elle faisait sauter instantanément une partie de ma carapace.
C'est ça qui m'est arrivé et ce dont toute cette chanson parle c'est de ma propre vie d'il y a quelques années, la sensation d'aimer comme un malade, mais de pas être capable de le montrer, parce-que par-dessus tout ça y a la sensation d'être une sous-merde qui mérite rien de tout ça.
Moi aussi c'est comme ça que j'ai foiré cette histoire-là, moi non plus j'pouvais pas aimer sincèrement quelqu'un de génial alors que je me détestais et c'est pour ça que j'ai pété un câble, que je me suis fait du mal jusqu'à plus en pouvoir, que j'ai tout saccagé autour de moi, c'était pour pouvoir devenir un adulte.
Moi non plus ma transition s'est pas faite dans la douceur, moi aussi j'ai fini par devenir un homme dans la douleur, par dépit et pour que tout ça s'arrète, pour que ce que je suis ne me fasse plus mal, pour devenir enfin moi-même, me débarasser de cette carapace à la con qui m'avait détruit alors qu'elle était sensée me protéger.
Et moi aussi j'ai ouvert les yeux après avoir tout perdu, en fait c'est ce couplet tout entier, la deuxième partie de la chanson qui me parle vraiment. Oh c'est sûr, je pourrais m'apesantir sur la dimension musicale, sur le tango destructuré, sur tout ça, parce-qu'il y a beaucoup à dire sur la façon dont la musique porte ce texte, mais je prendrai bien assez de temps là-dessus dans les articles à venir, non là l'essentiel se trouve ailleurs:
"Everything you said I took it all to heart
And you spurred a change in me
Before I could become a new sun I had to fall apart
And I can see that now
And I wish you well
Cause you saw what was good in me
And I'll be god damned if I can't see that myself
And everything you are
I know you got your pride
Before I could become a grown man I had to lose my mind
And I see that now
And I wish you well
Cause I see what's good in you
And I'll be god damned if you can’t see that yourself"
Soit grosso-modo pour les anglophobes :
"J'ai pris tout ce que tu m'as dit en plein coeur et tu as insufflé un changement en moi
Il fallait que je vole en éclats avant de devenir un soleil nouveau
Et je le vois maintenant, et je te souhaite d'être heureuse,
Parce-que tu as vu ce qui était bon chez moi et je serai maudit si je ne peux pas le voir moi même
Et tout ce que tu es, je sais que tu avais ta fierté,
Il fallait que je perde l'esprit avant de devenir un homme mûr,
Et je le vois maintenant, et je te souhaite d'être heureuse,
Parce-que je vois ce qui est bon chez toi et je serai maudit si tu ne peux pas le voir toi-même"
De deux choses l'une, désolé pour le côté hésitant de ma traduction et ensuite j'ai un doute sur le mot "sun", moi j'ai toujours entendu "son" mais je lis "sun" partout. Enfin c'est pas ça qui changera fondamentalement le sens.
Voilà, ces quelques mots c'est deux années de ma propre vie et des années ensuite à me dire "mais bordel pourquoi j'ai plus la possibilité de lui dire juste ça avant de disparaitre definitivement de sa vie?".
C'est ça que j'aimerais que mon fils comprenne, pas qu'il ressente cette chanson là comme moi je la comprends, parce-qu'il ne vivra pas exactement la même chose que moi. Mais qu'il comprenne à quel point on peut vivre une relation presque fusionnelle avec certains mots.
Et T.O.J. il y aura droit, si il cherche à comprendre son père il devra nécessairement en passer par-là.
On pourrait croire que c'est un "coup comme ça", un texte qui restera sans suite, mais ce qui est génial dans l'oeuvre d'El-P c'est qu'il est possible de tracer des chronologies sur plusieurs thèmes, c'est d'ailleurs le sens de cet article en trois parties, une partie pour chaque thème principal d'El-P dont les femmes n'est que le premier.
Et l'évolution, dans le cas présent, ce fût "The overly dramatic truth" quelques années plus tard.
Encore une fois on a à faire à un morceau d'une intensité rare, dérangeant tellement il est personnel, prenant aux tripes tellement il transpire d'honnêteté, comme toujours y a pas d'artifices, pas de volonté d'enjoliver la réalité, tout y est cru et le propos en lui-même est d'une intensité qui le rend presque violent.
El-P y parle ici de son malaise face à une relation qu'il aimerait pouvoir rejeter s'il s'en sentait la force. Il s'y adresse à une femme beaucoup plus jeune que lui, y exposant le tiraillement auquel il est soumis, entre l'envie d'elle et celle de la faire fuir de peur de briser cette femme en devenir. C'est pas gai, ça c'est sûr, mais le texte est d'une beauté et d'une honnêteté réellement touchantes.
Il y passe par plusieurs états, le premier couplet ressemble à l'annonce d'une rupture à contrecoeur, il rejette cette relation, semble la quitter, puis vient le refrain qui sonne comme un avertissement, comme la promesse de tout le mal qu'il lui ferait sans qu'elle s'en rende compte.
Et vient enfin le deuxième couplet, terrible constat d'échec, il ne pourra pas la quitter, il restera avec elle, il profitera de sa jeunesse, trop lâche pour la quitter, et il se dégoute lui-même car il sait qu'il agit de manière purement égoïste et qu'au bout du compte il lui fera plus de mal que de bien. Le texte dans sa globalité est magnifique, seulement les deux dernières phrases résument à elles seules tout ce qu'il contient de contradictions et de violence contenue.
"I will put myself inside you, find some way to run and hide you
I can't be responsible, do as I say, not as I do"
"Je vais venir en toi, trouve un moyen de courir te cacher
Je ne peux pas agir de manière responsable, fais ce que je dis, pas ce que je fais"
Et c'est un homme meurtri qui finit par se résigner après le deuxième refrain, se rendant compte que finalement, on peut pas savoir sans essayer.
C'est ça qui est foutrement prenant chez El-P au-delà de son génie musical indiscutable, c'est son honnêteté, sa façon de se présenter sans tricher, en admettant ses défauts, les laideurs de son être, c'est tout ça qui sublime finalement ce qu'il y a de positif en lui. Et c'est ça qui fait que je m'en sens proche.
Alors non ça a rien de particulièrement guilleret, mais bon dieu que c'est bon de se mettre des baffes et d'en prendre en pleine tronche de temps en temps.
Bon dieu que c'est bon de s'autoriser à être vulnérable, à se foutre des idées reçues, de ne pas chercher à renvoyer une image positive de soi.
Bon dieu que c'est bon de n'être qu'un être humain avec ses forces et ses faiblesses et de le montrer.
Non mais franchement...
... Vous y croyez vous?
Moi pas, pourtant je sais que c'est là, juste devant moi, que c'est le prochain jalon sur ma route. Et putain quel jalon. Ouais mais j'ai du mal à réaliser quand-même. Moi l'éternel ado attardé au foie en éponge j'vais devenir papa?
J'crois qu'avant de mettre le doigt dans toute cette histoire (la paternité, hein... Pas ma chère et tendre) j'aurais jamais pu imaginer ce que ça ferait naitre comme interrogations.
- Comment j'vais concilier ça avec mes envies de bitures et mes soirées débiles avec mes potes? Parce-que quand-même, les nuits où tu finis à jouer les cracheurs de feu à grands coups de rhum sur un barbecue quand la moyenne d'age tourne autour des 27-28 piges dans la soirée, ça fait pas super adulte.
- Comment j'vais me faire du jour au lendemain à l'idée de m'occuper d'un petit bout de nous 24/24?
- Comment j'vais faire pour aller bosser alors qu'un petit malin s'amusera à réclamer à bouffer au milieu de la nuit?
- Comment j'vais m'habituer au fait de partager sa mère avec lui? Non mais c'est vrai quoi, imaginez que moi je réclame à bouffer au milieu de la nuit, si elle se réveille ce sera pour m'en coller une, pas pour faire chauffer un biberon. Entre nous, c'est quoi ce favoritisme à la con? Et puis lui, si il la tripotte en public personne ira dire "Mais il a honte de rien ce gros pervers?", non non, les gens trouveront ça "mignon" ou "amusant". Non mais en quoi c'est mignon ou amusant qu'elle se fasse tripotter par quelqu'un d'autre en public?
- Qu'est-ce que je vais devenir? Une grosse loque pantouflarde qui comate en admirant son gosse, un filet de bave au coin des babines?
Vouais. Ceux qui ont pas vécu ça se posent pas ce genre de questions. J'vous hais, mais je vous envie pas.
Parce-que bordel, J'VAIS ÊTRE PAPA! Non mais sérieux vous imaginez ça? J'vais plus avoir besoin de voir mon neveu ou mes nièces pour jouer le chamallow tout mou à tendance "gaga", j'aurai juste à me lever le matin. Puis merde quoi, un mini-Sam, j'suis encore tout dingue rien que d'y penser, j'vais pouvoir lui apprendre des tas de conneries, lui en faire dire plein, comme quand moi je draguais les petites à grands coups de "Tu viens chérie? Pour toi ce sera 10 sacs" alors que j'comprenais rien à ce que je leur disais. Ouais j'vais lui en apprendre à plus savoir quoi en faire.
Puis j'vais lui transmettre mon amour de la musique, parce-que quand on y regarde de plus près, la musique et l'amour de quelques personnes c'est les seuls trucs qui m'ont toujours tenu la tête hors de l'eau dans les moments vraiment difficiles. La musique elle triche pas, elle te force à réfléchir, elle t'aide à sortir tous ces petits trucs que t'as en toi et qui te font mal à crever. Elle te force à te regarder en face et à être honnête avec toi-même. Ben mon gosse il écoutera pas de la merde. Pas parce-qu'il aura l'interdiction formelle de le faire, hein, juste parce-qu'il aura cet amour-là dans ses veines, l'amour de la bonne musique, celle qui vous parle, celle qui vous retourne, celle qui vous fait vous sentir foutrement humain et vivant, sous quelque forme qu'elle soit.
Non le seul truc chiant à gérer ce serait un éventuel retour de la Tecktonik à la mode pendant son adolescence, ça ce serait vraiment un déchirement au coeur. Parce-que séquestrer son fils dans un placard pendant un an le temps que l'orage passe ça doit être agréable pour aucun papa. Mais c'est pas ma faute monsieur le juge, c'est parce-que je l'aime, puis c'est la société qui m'a forcé. Non mais franchement m'sieur le juge, vous croyez que c'est une vie pour des gosses de se ruiner les couilles avec des futals moule-bite, de se trimballer avec des coupes que même McGyver il en voudrait pas et de danser comme des échappés d'une colonie de vacances de l'HP de Montfermeil? Non j'vous assure monsieur le juge, c'est pas la prison que je mérite, c'est la légion d'honneur, grâce à mon geste il restera dans cette génération au moins un gosse qui aura pas été perverti, j'ai préservé l'espèce humaine, en quelque sorte. Reste plus qu'à attendre qu'il repeuple tout seul comme un grand pendant que ses congénères rendus stériles par l'abus conjoint de jeans Slim et de CD 2 titres de Yelle auront que leurs yeux pour pleurer. Vous voulez me mettre en taule parce-que j'ai crée le Noë du 21ème siècle m'sieur le juge? Zavez pas honte, msieur le juge?
Enfin mon fils aura pas à se prendre la tête avec ça, non mon fils il les regardera gesticuler dans leur coin en souriant de biais. Parce-que mon fils il aura compris ce que c'est vraiment la musique, il aura compris que la musique n'est de la musique que si elle vous prend aux tripes, que si elle suscite quelque chose, qu'elle vous retourne de l'intérieur. Et le matin où tous ses potes se réveilleront avec l'impression de vivre leur première gueule de bois, qu'ils jèteront honteusement leurs pots de gel et leurs pantalons trop petits, ben mon fils lui il se lèvera pareil que d'habitude, en se disant qu'on peut concilier Public Ennemy, Bob Dylan, Edith Piaf, Gregory Isaacs, The Sex Pistols, Bill Withers et le Renaud des vieilles années.
Qu'on peut aussi bien aimer des paroles comme "I wanna fuck, drink beer and smoke some shit" que "C'est trop facile lorsqu'un amour se meurt, qu'il craque en deux parce-qu'on l'a trop plié, d'aller pleurer comme les hommes pleurent, comme si l'amour durait l'éternité.", que ce qui est important c'est pas de suivre la mode, c'est de suivre son coeur, de vivre pour ce et ceux qu'on aime. Que si parfois on se sent seul, on l'est jamais vraiment tant qu'on a quelque chose à aimer.
Et puis mon fils il apprendra aussi l'amour de la bière, et si mon bourrage de crâne suffit pas, j'compte bien sur ses parrains pour lui faire comprendre qu'y a rien de tel dans la vie qu'un rire avec un pote autour d'une bonne vieille chopine dégoulinante de mousse. Que la bière c'est comme toutes les bonnes choses, les femmes, la musique, le sauciflard, les jeux de mots à deux balles, tout ça c'est beaucoup plus beau quand on le ressent avec ce qu'on a dans le ventre plutôt qu'avec nos oreilles, nos papilles ou nos yeux. Que la bière c'est comme tout ça, quand c'est beau, touchant, attendrissant, ça vous réchauffe le coeur avant de vous réchauffer le corps, ça vous fait vous sentir vulnérable et donc humain.
Et puis honnêtement, vous croyez que je ferai pas mon nécessaire pour lui transmettre mon amour des femmes? J'dis pas ça comme si je voulais coûte que coûte le forcer à être un hétéro convaincu, hein. Non ça ça le regarde il fait ce qu'il veut. Mais par contre lui aussi il aimera leur fragilité, lui aussi il aimera les écouter, les cajoler, les consoler, lui aussi il aimera prendre le temps d'apprendre à les connaitre, lui aussi il aura l'impression que son coeur implose quand il verra une amie pleurer, lui aussi il aura l'impression que son âme se consume quand une d'elles lui sourira de bon coeur, lui aussi il se demandera si il est en train de naitre ou de mourir quand il saura que c'est lui qui a causé ce sourire. Lui aussi il saura que dans ce monde de poilus pintés à la bière, au machisme, à la testostérone et à la connerie profonde y a des millions d'îlots de douceur, des millions de femmes qui méritent qu'on prenne le temps d'apprendre à les connaitre, qu'on les berce, des millions de jolis sourires à voir, des millions de coeurs qui demandent qu'à pouvoir palpiter librement sans avoir à se cacher derrière une carapace comme le veut ce foutu monde d'hommes.
Mon fils il sera homo si il veut, mais mon fils il saura que rien n'a plus de valeur que le sourire sincère d'une femme.
Mon fils il saura tout ça, parce-que je compte bien le lui faire comprendre, même si y a des moments difficiles, même si je sais qu'on se comprendra pas tout le temps. Et ben mon fils il aura toujours ce blog et celui qui va en naître (oui, j'ai des projets) pour avoir une chance de comprendre ce que j'aurai pas su lui dire avec mes mots. Même si je sais que j'en ferai pas mon clone, notamment parce-que je le lui souhaite pas.
Mon fils je l'aimerai et je l'aime déjà à en crever.
Moi pas, pourtant je sais que c'est là, juste devant moi, que c'est le prochain jalon sur ma route. Et putain quel jalon. Ouais mais j'ai du mal à réaliser quand-même. Moi l'éternel ado attardé au foie en éponge j'vais devenir papa?
J'crois qu'avant de mettre le doigt dans toute cette histoire (la paternité, hein... Pas ma chère et tendre) j'aurais jamais pu imaginer ce que ça ferait naitre comme interrogations.
- Comment j'vais concilier ça avec mes envies de bitures et mes soirées débiles avec mes potes? Parce-que quand-même, les nuits où tu finis à jouer les cracheurs de feu à grands coups de rhum sur un barbecue quand la moyenne d'age tourne autour des 27-28 piges dans la soirée, ça fait pas super adulte.
- Comment j'vais me faire du jour au lendemain à l'idée de m'occuper d'un petit bout de nous 24/24?
- Comment j'vais faire pour aller bosser alors qu'un petit malin s'amusera à réclamer à bouffer au milieu de la nuit?
- Comment j'vais m'habituer au fait de partager sa mère avec lui? Non mais c'est vrai quoi, imaginez que moi je réclame à bouffer au milieu de la nuit, si elle se réveille ce sera pour m'en coller une, pas pour faire chauffer un biberon. Entre nous, c'est quoi ce favoritisme à la con? Et puis lui, si il la tripotte en public personne ira dire "Mais il a honte de rien ce gros pervers?", non non, les gens trouveront ça "mignon" ou "amusant". Non mais en quoi c'est mignon ou amusant qu'elle se fasse tripotter par quelqu'un d'autre en public?
- Qu'est-ce que je vais devenir? Une grosse loque pantouflarde qui comate en admirant son gosse, un filet de bave au coin des babines?
Vouais. Ceux qui ont pas vécu ça se posent pas ce genre de questions. J'vous hais, mais je vous envie pas.
Parce-que bordel, J'VAIS ÊTRE PAPA! Non mais sérieux vous imaginez ça? J'vais plus avoir besoin de voir mon neveu ou mes nièces pour jouer le chamallow tout mou à tendance "gaga", j'aurai juste à me lever le matin. Puis merde quoi, un mini-Sam, j'suis encore tout dingue rien que d'y penser, j'vais pouvoir lui apprendre des tas de conneries, lui en faire dire plein, comme quand moi je draguais les petites à grands coups de "Tu viens chérie? Pour toi ce sera 10 sacs" alors que j'comprenais rien à ce que je leur disais. Ouais j'vais lui en apprendre à plus savoir quoi en faire.
Puis j'vais lui transmettre mon amour de la musique, parce-que quand on y regarde de plus près, la musique et l'amour de quelques personnes c'est les seuls trucs qui m'ont toujours tenu la tête hors de l'eau dans les moments vraiment difficiles. La musique elle triche pas, elle te force à réfléchir, elle t'aide à sortir tous ces petits trucs que t'as en toi et qui te font mal à crever. Elle te force à te regarder en face et à être honnête avec toi-même. Ben mon gosse il écoutera pas de la merde. Pas parce-qu'il aura l'interdiction formelle de le faire, hein, juste parce-qu'il aura cet amour-là dans ses veines, l'amour de la bonne musique, celle qui vous parle, celle qui vous retourne, celle qui vous fait vous sentir foutrement humain et vivant, sous quelque forme qu'elle soit.
Non le seul truc chiant à gérer ce serait un éventuel retour de la Tecktonik à la mode pendant son adolescence, ça ce serait vraiment un déchirement au coeur. Parce-que séquestrer son fils dans un placard pendant un an le temps que l'orage passe ça doit être agréable pour aucun papa. Mais c'est pas ma faute monsieur le juge, c'est parce-que je l'aime, puis c'est la société qui m'a forcé. Non mais franchement m'sieur le juge, vous croyez que c'est une vie pour des gosses de se ruiner les couilles avec des futals moule-bite, de se trimballer avec des coupes que même McGyver il en voudrait pas et de danser comme des échappés d'une colonie de vacances de l'HP de Montfermeil? Non j'vous assure monsieur le juge, c'est pas la prison que je mérite, c'est la légion d'honneur, grâce à mon geste il restera dans cette génération au moins un gosse qui aura pas été perverti, j'ai préservé l'espèce humaine, en quelque sorte. Reste plus qu'à attendre qu'il repeuple tout seul comme un grand pendant que ses congénères rendus stériles par l'abus conjoint de jeans Slim et de CD 2 titres de Yelle auront que leurs yeux pour pleurer. Vous voulez me mettre en taule parce-que j'ai crée le Noë du 21ème siècle m'sieur le juge? Zavez pas honte, msieur le juge?
Enfin mon fils aura pas à se prendre la tête avec ça, non mon fils il les regardera gesticuler dans leur coin en souriant de biais. Parce-que mon fils il aura compris ce que c'est vraiment la musique, il aura compris que la musique n'est de la musique que si elle vous prend aux tripes, que si elle suscite quelque chose, qu'elle vous retourne de l'intérieur. Et le matin où tous ses potes se réveilleront avec l'impression de vivre leur première gueule de bois, qu'ils jèteront honteusement leurs pots de gel et leurs pantalons trop petits, ben mon fils lui il se lèvera pareil que d'habitude, en se disant qu'on peut concilier Public Ennemy, Bob Dylan, Edith Piaf, Gregory Isaacs, The Sex Pistols, Bill Withers et le Renaud des vieilles années.
Qu'on peut aussi bien aimer des paroles comme "I wanna fuck, drink beer and smoke some shit" que "C'est trop facile lorsqu'un amour se meurt, qu'il craque en deux parce-qu'on l'a trop plié, d'aller pleurer comme les hommes pleurent, comme si l'amour durait l'éternité.", que ce qui est important c'est pas de suivre la mode, c'est de suivre son coeur, de vivre pour ce et ceux qu'on aime. Que si parfois on se sent seul, on l'est jamais vraiment tant qu'on a quelque chose à aimer.
Et puis mon fils il apprendra aussi l'amour de la bière, et si mon bourrage de crâne suffit pas, j'compte bien sur ses parrains pour lui faire comprendre qu'y a rien de tel dans la vie qu'un rire avec un pote autour d'une bonne vieille chopine dégoulinante de mousse. Que la bière c'est comme toutes les bonnes choses, les femmes, la musique, le sauciflard, les jeux de mots à deux balles, tout ça c'est beaucoup plus beau quand on le ressent avec ce qu'on a dans le ventre plutôt qu'avec nos oreilles, nos papilles ou nos yeux. Que la bière c'est comme tout ça, quand c'est beau, touchant, attendrissant, ça vous réchauffe le coeur avant de vous réchauffer le corps, ça vous fait vous sentir vulnérable et donc humain.
Et puis honnêtement, vous croyez que je ferai pas mon nécessaire pour lui transmettre mon amour des femmes? J'dis pas ça comme si je voulais coûte que coûte le forcer à être un hétéro convaincu, hein. Non ça ça le regarde il fait ce qu'il veut. Mais par contre lui aussi il aimera leur fragilité, lui aussi il aimera les écouter, les cajoler, les consoler, lui aussi il aimera prendre le temps d'apprendre à les connaitre, lui aussi il aura l'impression que son coeur implose quand il verra une amie pleurer, lui aussi il aura l'impression que son âme se consume quand une d'elles lui sourira de bon coeur, lui aussi il se demandera si il est en train de naitre ou de mourir quand il saura que c'est lui qui a causé ce sourire. Lui aussi il saura que dans ce monde de poilus pintés à la bière, au machisme, à la testostérone et à la connerie profonde y a des millions d'îlots de douceur, des millions de femmes qui méritent qu'on prenne le temps d'apprendre à les connaitre, qu'on les berce, des millions de jolis sourires à voir, des millions de coeurs qui demandent qu'à pouvoir palpiter librement sans avoir à se cacher derrière une carapace comme le veut ce foutu monde d'hommes.
Mon fils il sera homo si il veut, mais mon fils il saura que rien n'a plus de valeur que le sourire sincère d'une femme.
Mon fils il saura tout ça, parce-que je compte bien le lui faire comprendre, même si y a des moments difficiles, même si je sais qu'on se comprendra pas tout le temps. Et ben mon fils il aura toujours ce blog et celui qui va en naître (oui, j'ai des projets) pour avoir une chance de comprendre ce que j'aurai pas su lui dire avec mes mots. Même si je sais que j'en ferai pas mon clone, notamment parce-que je le lui souhaite pas.
Mon fils je l'aimerai et je l'aime déjà à en crever.
24.8.09
"Ta vie c'est ce que tu en fais"
Ouais, enfin en même temps si je fais que de la merde...
C'est à peu près avec cet enchainement de pensées que la grande quête de ma vie a germé dans mon esprit perverti par des années d'abus de cholésterol, d'alcools divers et autres trucs que mon respect de la legislation m'interdisent de mentionner ici.
Ma quête donc, celle qui m'a tenu un bon week-end, comme quoi les conneries d'anneaux magiques et tout le bordel c'est juste un argument pour faire bosser des experts en merchandising, une vraie quête dans une vraie vie d'homme, c'est un truc que tu dois pouvoir mener à terme en trois-quatre jours maxi, sinon forcément c'est la question existencielle suivante qui prend le dessus (Par exemple : "On mange à quelle heure?" "C'est mes chaussettes ou mon calbut qui fouettent comme ça?", etc...).
Ma grande quête à moi, c'était donc ça, la grande question de ma vie :
"Comment accomplir mon devoir envers l'humanité? Comment utiliser mes super pouvoirs pour lutter contre la connerie ambiante? Comment devenir un super-héros, moi qui suis juste un informaticien (sans lunettes, j'vous épargnerai au moins un cliché) à chemises qui glande au bureau?"
Ca m'a tenu tout le week-end, oué, et pourtant j'ai cherché la réponse dans plein de trucs, une pinte de Kwak, une salade improbable de tomates à la mozarella, une autre pinte de Kwak,...
Mais non, que dalle, rien à faire, ça voulait pas venir.
Et puis ce soir, à la caisse du Carrefour du coin, en attendant pendant 10 minutes que l'autiste de devant réussisse à carrer sa carte dans la caisse automatique, la réponse m'est apparue sous la forme d'une paire de fesses joliment incrustée derrière une jeune femme. Mais c'est bien sûr, pourquoi j'y avais pas pensé plus tôt bordel?
C'était évident, presque aussi évident et rassurant que le jour où le génie de l'alcoolisme m'as pris dans ses grandes paluches poilues, qu'il m'a fixé de son regard vitreux qui sentait la bière frelatée et qu'il m'a dit, un ptit sourire édenté au coin de la bouche :
"Toi mon con, j'vais pas te lâcher de suite"
Ouais, c'était aussi évident que ça. Ca m'a pris comme un taquet en pleine face :
"J'ai envie d'un américain-merguez"
Alors là je sais que tout le monde est impressionné, mais le pire dans tout ça c'est que l'idée c'est même pas ça à la base, ça c'est juste mon estomac qui s'est rappelé que le liquide ça fait des noeuds dans la tuyauterie. Non, la vraie idée c'était ça :
"Tu vas te sortir les doigts du cul, tu vas recommencer à apprendre par coeur du bout des doigts le contenu des bacs à vyniles des disquaires qui sont à portée de chez toi en bagnole, tu vas recommencer à trainer ton ventre à bière et tes baggys miteux à un max de concerts, tu vas ressortir ta plume, ton ptit tablier que tu te mets toujours tout nu dessous, ton plumeau et tu vas dépoussièrer et faire revivre cette horreur que t'as osé appeler un blog un jour."
Et là, j'imaginais déjà le futur dans lequel ça allait irrémédiablement me projeter, la presse spécialisée qui s'arrache ma plume à prix d'or, les soirées vomi en coulisses, les rails de coke sur des nibards de prostipute colombienne...
Ouais, oubliez la dernière option.
Enfin bref, ce soir, en reluquant les miches d'une inconnue j'ai vu mon avenir.
Enfin pour l'instant j'vais déjà commencer par me remettre à écrire... Dès que j'aurai fini la vaisselle.
PS : Pour des raisons scénaristiques la réalité a été quelque peu déformée, y avait pas de nana regardable à la caisse du Carrouf' ce soir et de toute façon l'idée m'est venue comme une mouche se pose sur un bel étron au bureau, pile poil entre une sieste et un gobelet de café.
C'est à peu près avec cet enchainement de pensées que la grande quête de ma vie a germé dans mon esprit perverti par des années d'abus de cholésterol, d'alcools divers et autres trucs que mon respect de la legislation m'interdisent de mentionner ici.
Ma quête donc, celle qui m'a tenu un bon week-end, comme quoi les conneries d'anneaux magiques et tout le bordel c'est juste un argument pour faire bosser des experts en merchandising, une vraie quête dans une vraie vie d'homme, c'est un truc que tu dois pouvoir mener à terme en trois-quatre jours maxi, sinon forcément c'est la question existencielle suivante qui prend le dessus (Par exemple : "On mange à quelle heure?" "C'est mes chaussettes ou mon calbut qui fouettent comme ça?", etc...).
Ma grande quête à moi, c'était donc ça, la grande question de ma vie :
"Comment accomplir mon devoir envers l'humanité? Comment utiliser mes super pouvoirs pour lutter contre la connerie ambiante? Comment devenir un super-héros, moi qui suis juste un informaticien (sans lunettes, j'vous épargnerai au moins un cliché) à chemises qui glande au bureau?"
Ca m'a tenu tout le week-end, oué, et pourtant j'ai cherché la réponse dans plein de trucs, une pinte de Kwak, une salade improbable de tomates à la mozarella, une autre pinte de Kwak,...
Mais non, que dalle, rien à faire, ça voulait pas venir.
Et puis ce soir, à la caisse du Carrefour du coin, en attendant pendant 10 minutes que l'autiste de devant réussisse à carrer sa carte dans la caisse automatique, la réponse m'est apparue sous la forme d'une paire de fesses joliment incrustée derrière une jeune femme. Mais c'est bien sûr, pourquoi j'y avais pas pensé plus tôt bordel?
C'était évident, presque aussi évident et rassurant que le jour où le génie de l'alcoolisme m'as pris dans ses grandes paluches poilues, qu'il m'a fixé de son regard vitreux qui sentait la bière frelatée et qu'il m'a dit, un ptit sourire édenté au coin de la bouche :
"Toi mon con, j'vais pas te lâcher de suite"
Ouais, c'était aussi évident que ça. Ca m'a pris comme un taquet en pleine face :
"J'ai envie d'un américain-merguez"
Alors là je sais que tout le monde est impressionné, mais le pire dans tout ça c'est que l'idée c'est même pas ça à la base, ça c'est juste mon estomac qui s'est rappelé que le liquide ça fait des noeuds dans la tuyauterie. Non, la vraie idée c'était ça :
"Tu vas te sortir les doigts du cul, tu vas recommencer à apprendre par coeur du bout des doigts le contenu des bacs à vyniles des disquaires qui sont à portée de chez toi en bagnole, tu vas recommencer à trainer ton ventre à bière et tes baggys miteux à un max de concerts, tu vas ressortir ta plume, ton ptit tablier que tu te mets toujours tout nu dessous, ton plumeau et tu vas dépoussièrer et faire revivre cette horreur que t'as osé appeler un blog un jour."
Et là, j'imaginais déjà le futur dans lequel ça allait irrémédiablement me projeter, la presse spécialisée qui s'arrache ma plume à prix d'or, les soirées vomi en coulisses, les rails de coke sur des nibards de prostipute colombienne...
Ouais, oubliez la dernière option.
Enfin bref, ce soir, en reluquant les miches d'une inconnue j'ai vu mon avenir.
Enfin pour l'instant j'vais déjà commencer par me remettre à écrire... Dès que j'aurai fini la vaisselle.
PS : Pour des raisons scénaristiques la réalité a été quelque peu déformée, y avait pas de nana regardable à la caisse du Carrouf' ce soir et de toute façon l'idée m'est venue comme une mouche se pose sur un bel étron au bureau, pile poil entre une sieste et un gobelet de café.
22.9.08
The Cold Vein

Et ben... Me revoilà après un moment d' absence (comment ça on n' avait pas remarqué?), j' avais promis un article à Anne pour son anniversaire, désolé pour le retard.
Une fois de plus je vais parler musique, je n' ai par contre pas l' intention de retomber dans mes travers de Float dont j' ai gaché le plaisir de la découverte, je ne terminerai d' ailleurs pas cette chronique, je préfère laisser à ceux qui en ont envie le plaisir de la découverte des perles que récèle la deuxième partie de l' album (Spare a match, Dinner with Blockhead, Drawbridge, ...) tout en vous encourageant à jeter une oreille bien ouverte sur les deux formats courts d' Aesop Rock datant de la même époque, Appleseed et Daylight.
Bref, si je suis ici aujourd' hui c' est pour vous parler d' un autre album qui a marqué à jamais mon univers musical, l' album dont il est question est le sublime "The Cold Vein" de Cannibal OX. Au manettes on a à faire à El-P le génie de la distorsion, des mélanges improbables, des saturations à outrance, et c' est bien lui qui insufle son cachet à cet album mémorable.
Mon premier contact avec Cannibal OX a eu lieu en décembre 2001 chez ce qui était à l' époque le plus grand disquaire indépendant de France, qui a malheureusement fermé ses portes depuis. Je venais d' acheter ma place pour les transmusicales et je voulais jeter une oreille aux albums des groupes programmés sur la durée du festival pour savoir à quoi m' attendre. Pour être honnête j' ai tout d' abord essuyé une énorme déception, à la première écoute l' album me semblait trop froid, trop pessimiste, à des années lumière de ce à quoi mes oreilles étaient habituées, j' ai donc remis le disque sur le rayonnage avec une forte déception. Quelques jours plus tard, la curiosité m' avait poussé à aller jeter un oeil au concert, dans la petite salle du Liberté, salle en forme de couloir où être au fond signifie être bien trop loin. Et là le choc fût presque immédiat, l' énergie scénique de Vast Aire et Vordul (accompagnés pour l' occasion par un fascinant géant barbu à l' air nonchalant que je reconnaitrai plus tard comme étant Aesop Rock), tout en force tranquille, la basse sans appel, tout ce que dégageait ce live m' a fait comprendre en quelques secondes ce qui m' avait échappé à la première écoute de l' album, cette froideur que j' avais ressentie n' était ici que pour mieux contenir l' énergie brute et primale qui se dégageait de l' ensemble, c' est certainement un des concerts qui m' ont le plus durablement marqué et le lundi suivant, malgré mes réticences originelles, mon autoradio débitait les complaintes asthmatiques de Vast Aire.
Tout d' abord, resituons le contexte, Company Flow vient de marquer durablement les esprits avec un album fondateur "Funcrusher Plus" il n' est pas question ici de s' empétrer dans les clichés faciles du Hip-Hop mais bel et bien d' en dynamiter tous les codes un à un, certains se rappelleront le morceau "Patriotism" (disponible sur l' excellente compilation "Soudbombing II") sur lequel un El-P prophétique dresse le portrait d' une Amérique arrogante et insouciante, inconsciente en tous cas de l' image qu' elle projette sur nombre de rétines étrangères, le tout quelques mois seulement avant le drame du 11 septembre. Seulement, après ce coup d' éclat en forme d' oeuvre magistrale, le groupe à eclaté dans l' impulsion de la pathétique implosion de son label de l' époque, Rawkus. El-P a donc décidé de faire route à part, lui qui est le réel cerveau de la révolution Company Flow, et il vient de fonder son propre label "Definitive Jux" qui se veut le symbole d' un renouveau de la musique New-Yorkaise. Il lui manque un coup d' éclat pour donner une réelle impulsion à son écurie naissante, il fait donc signer quelques artistes talentueux et prometteurs, principalement RJD2 (magnifique album "Deadringer", tout en poésie et injustement descendu en flammes par une partie de la critique) et donc Cannibal OX, duo vocal originaire de la grande pomme.
L' ouverture de l' album donne le ton, musique futuriste, ambiance aseptisée et oppressante, El-P n' a rien perdu de sa superbe, il semble même libéré par son indépendance toute neuve et il a envie de frapper un grand coup. Décrire tous les morceaux de l' album serait une erreur, cependant je ne peux qu' encourager à le découvrir, tout en mettant en garde sur son caractère "particulier". Pas de gaieté à première vue, le constat livré est plutôt lucide mais surtout pas optimiste. Il faut bien avoir en tête que cet album fait suite au 11 septembre 2001 et l' influence de cet évènement est indiscutable sur le fond tant que sur la forme, l' album ne se libérant jamais des volutes d' ambiance post-apocalyptique dans lesquelles El-P l' a drappé.
Le morceau sur lequel je m' attarderai est, à mon sens, le véritable point d' orgue de ce disque, "Vein", rythmique brutale, nappe de piano jazzy, voix distordues à l' extrème, basse opressante et entêtante, tout y est, on a bien à faire au El-P des grands jours. La marque de fabrique des meilleurs morceaux du El-P flamboyant de l' époque c' est un copier/coller d' ambiances disjointes, le tout porté par des rythmiques composées de percussions aux accents de tambours militaires, et un travail de studio immense pour noyer le tout dans des effets sonores destabilisants au possible. Les voix de Vordul et Vast Aire répondent froidement au défi imposé par ce producteur de génie, les thèmes abordés sont ceux de la violence urbaine, de la froideur cruelle de New-York. Et ce qui se dit dans les textes se ressent dans l' ambiance musicale, c' est émouvant et prenant aux tripes, beau et froid comme une plaque d' inox dépoli, les voix se perdent dans des échos et des effets de mixage anticipés. Les échos eux-même se noient dans le génie destructeur d' El-P, virant par moments au rugissement primal. El-P se fait plaisir, il ose, il bosse comme un forcené en post-production et le résultat est là, implacable, destabilisant, oppressant, à l' image d' une ville, et par analogie d' un pays, qui doute, qui se sent menacé après avoir été convaincu qu' il était invulnérable, qui a enterré profondément ses rêves de société parfaite, de réussite absolue.
Il ne s' agit ici que d' un morceau parmi tant d' autres, mais son énergie froide le rend efficace au possible, c' est sans conteste le meilleur morceau de l' album, peut-être même ce qu' El-P a fait de mieux dans sa carrière, seulement il y a tant à découvrir sur "The Cold Vein", à commencer par "Raspberry Fields", "Straigth off the D.I.C.", "Ridiculoïd", l' album est très abrupt à la première écoute, pourtant il est d' une richesse étonnante pour peu qu' on prenne le temps de le domestiquer.
La suite sera un album solo mythique d' El-P dont vous entendrez reparler ici "Fantastic Damage", puis quelques égarements, quelques choix artistiques malheureux qui font que la période faste du génial El-P me semble malheureusement bel et bien terminée. Peu importe, il reste trois albums mythiques (Funcrusher Plus, The Cold Vein, Fantastic Damage) pour en témoigner.
10.6.08
Volants et froufrous
J' ai le moral en ce moment, sisi j' vous assure, c' est pas du bluff.
J' me pose des questions lourdes d' importance au sujet de mon avenir, j' ai des ptits pépins de santé, je suis désespérement célibataire (si tu es blonde à forte poitrine, brune à faible poitrine, rousse moyennement poitrinée, enfin qui que tu sois tant que tu n' es ni un labrador ni un bonobo, fais un geste, bordel), mon taf m' ennuie profondément, le diplôme me semble de plus en plus lointain, Rennes me manque...
Oui mais. Bon dieu que je vais bien depuis hier. Il fait beau, mon bureau est exposé au soleil de 8h30 à 17h et même sûrement en dehors de ces horaires, seulement c' est à ma présence qu' il n' est pas exposé le reste du temps. La stagiaire qui partage mes 10m² d' espace de travail depuis hier matin est toute mignonne, très sympa, elle a une pèche très contagieuse. Bref, à partir de mon arrivée au bureau hier matin mon moral a été crescendo et ce jusqu' à l' apothéose de la fin de ma journée de travail.
Première chose qui marque forcément d' entrée de jeu, le fait de retrouver ma liberté, logique, puis les quelques dizaines de mètres sous le soleil pour rejoindre ma voiture, les bouchons dépourvus de grisaille sur le pérphérique et enfin le choc à mon entrée en agglomération.
Je sais que c' est un peu le cliché ultime, mais c' est dingue ce que les filles sont jolies dès que les beaux jours pointent le bout du museau. Par contre je ne suis pas persuadé que ça tienne tant que ça au simple fait qu' elles portent des jupes légères, des petits débardeurs, ou plutôt si, tout vient de là, mais la raison fondamentale qui les rend si agréables à regarder ne réside pas, selon moi, là où on aurait tendance à le penser par facilité.
Bien sûr qu' il est toujours plus agréable de regarder une jeune femme en jupe estivale qu' en tenue de ski, mais ce qui m' a personnellement donné le sourire hier soir est au-dela des considérations esthétiques de premier degré. C' est tout simplement le bien-être diablement communicatif, les visages rayonnants, le bonheur qui irradie tout autour d' elles. Dans le constat suivant "croiser du regard une jeune femme dans un petit haut léger a un effet dévastateur sur le blues" la partie la plus importante vient du fait que porter le petit haut en question a un effet dévastateur sur le blues de la jeune fille dont il s' agit. Et ça, ça se voit, quoi de plus agréable que de poser son regard sur une jeune femme dont le visage rayonne? Une jeune femme qui se délecte de la caresse du soleil sur sa peau, une jeune femme qui se dit qu' elle avait bien eu raison d' acheter ce petit haut en soldes l' année dernière et de le regarder tout l' hiver dans sa penderie en se disant "Vivement l' été prochain que je puisse enfin le porter", parce que les faits sont là, le petit haut lui va à ravir, elle se sent bien dedans, libre, légère, faut dire que la jupe en mousseline n' était pas non plus sa plus mauvaise idée, elle la sent voleter autour de ses jambes, les effleurant furtivement. Et en plus de ça elle pense déjà au week-end prochain, elle se demande si ce ne serait pas l' occasion de descendre sur la côte pour la première fois de l' année, enfin pour le moment elle irait bien boire un verre en terrasse avec quelques amies.
Et c' est là que la magie pure et simple fait irruption, sans prévenir, profitant de la diversion imparable créée par le cheminement de ses pensées. Elle laisse échapper un sourire, un sourire tellement sincère que tout chez elle jusqu' à sa conscience en ignore l' existence, le genre de sourire dirigé à la fois vers personne de particulier et vers la création tout entière.
Le genre de sourire qui vous rappelle que malgré les tracas il y a de si belles choses en ce monde que broyer du noir est une perte de temps.
Le genre de sourire auquel vous repenserez plus tard, en allant acheter une baguette de pain et qui vous en arrachera un autre tout aussi sincère que quelqu' un d' autre aura peut-être la chance d' apercevoir.
Alors oui j' insiste, j' ai un moral à toute épreuve, et pour mon trajet de ce soir j' ai déjà tout planifié, je repartirai en quête de sourires à voler.
NB: L' auteur (décline) assume toute responsabilité en cas de mièvrerie dégoulinante du texte ci-dessus. Ne vaut-il pas mieux se montrer un peu trop fleur bleue plutôt qu' un peu trop déprimé et déprimant?
J' me pose des questions lourdes d' importance au sujet de mon avenir, j' ai des ptits pépins de santé, je suis désespérement célibataire (si tu es blonde à forte poitrine, brune à faible poitrine, rousse moyennement poitrinée, enfin qui que tu sois tant que tu n' es ni un labrador ni un bonobo, fais un geste, bordel), mon taf m' ennuie profondément, le diplôme me semble de plus en plus lointain, Rennes me manque...
Oui mais. Bon dieu que je vais bien depuis hier. Il fait beau, mon bureau est exposé au soleil de 8h30 à 17h et même sûrement en dehors de ces horaires, seulement c' est à ma présence qu' il n' est pas exposé le reste du temps. La stagiaire qui partage mes 10m² d' espace de travail depuis hier matin est toute mignonne, très sympa, elle a une pèche très contagieuse. Bref, à partir de mon arrivée au bureau hier matin mon moral a été crescendo et ce jusqu' à l' apothéose de la fin de ma journée de travail.
Première chose qui marque forcément d' entrée de jeu, le fait de retrouver ma liberté, logique, puis les quelques dizaines de mètres sous le soleil pour rejoindre ma voiture, les bouchons dépourvus de grisaille sur le pérphérique et enfin le choc à mon entrée en agglomération.
Je sais que c' est un peu le cliché ultime, mais c' est dingue ce que les filles sont jolies dès que les beaux jours pointent le bout du museau. Par contre je ne suis pas persuadé que ça tienne tant que ça au simple fait qu' elles portent des jupes légères, des petits débardeurs, ou plutôt si, tout vient de là, mais la raison fondamentale qui les rend si agréables à regarder ne réside pas, selon moi, là où on aurait tendance à le penser par facilité.
Bien sûr qu' il est toujours plus agréable de regarder une jeune femme en jupe estivale qu' en tenue de ski, mais ce qui m' a personnellement donné le sourire hier soir est au-dela des considérations esthétiques de premier degré. C' est tout simplement le bien-être diablement communicatif, les visages rayonnants, le bonheur qui irradie tout autour d' elles. Dans le constat suivant "croiser du regard une jeune femme dans un petit haut léger a un effet dévastateur sur le blues" la partie la plus importante vient du fait que porter le petit haut en question a un effet dévastateur sur le blues de la jeune fille dont il s' agit. Et ça, ça se voit, quoi de plus agréable que de poser son regard sur une jeune femme dont le visage rayonne? Une jeune femme qui se délecte de la caresse du soleil sur sa peau, une jeune femme qui se dit qu' elle avait bien eu raison d' acheter ce petit haut en soldes l' année dernière et de le regarder tout l' hiver dans sa penderie en se disant "Vivement l' été prochain que je puisse enfin le porter", parce que les faits sont là, le petit haut lui va à ravir, elle se sent bien dedans, libre, légère, faut dire que la jupe en mousseline n' était pas non plus sa plus mauvaise idée, elle la sent voleter autour de ses jambes, les effleurant furtivement. Et en plus de ça elle pense déjà au week-end prochain, elle se demande si ce ne serait pas l' occasion de descendre sur la côte pour la première fois de l' année, enfin pour le moment elle irait bien boire un verre en terrasse avec quelques amies.
Et c' est là que la magie pure et simple fait irruption, sans prévenir, profitant de la diversion imparable créée par le cheminement de ses pensées. Elle laisse échapper un sourire, un sourire tellement sincère que tout chez elle jusqu' à sa conscience en ignore l' existence, le genre de sourire dirigé à la fois vers personne de particulier et vers la création tout entière.
Le genre de sourire qui vous rappelle que malgré les tracas il y a de si belles choses en ce monde que broyer du noir est une perte de temps.
Le genre de sourire auquel vous repenserez plus tard, en allant acheter une baguette de pain et qui vous en arrachera un autre tout aussi sincère que quelqu' un d' autre aura peut-être la chance d' apercevoir.
Alors oui j' insiste, j' ai un moral à toute épreuve, et pour mon trajet de ce soir j' ai déjà tout planifié, je repartirai en quête de sourires à voler.
NB: L' auteur (décline) assume toute responsabilité en cas de mièvrerie dégoulinante du texte ci-dessus. Ne vaut-il pas mieux se montrer un peu trop fleur bleue plutôt qu' un peu trop déprimé et déprimant?
9.6.08
Beat Assaillant
Si je devais faire comprendre à quelqu' un ce que le Hip Hop peut avoir de viscéral, de prenant aux tripes, de foutrement joussif et vivant, je crois que je trouverais pas de meilleur moyen que de l' emmener voir un live de Beat Assaillant. Je plante le décor? Allez c' est parti.
Sur scène il y a donc un batteur, un bassiste, un guitariste, un trio de cuivres (trombonne, trompette avec sourdine ouaouah et tout et tout et un saxophoniste), un DJ caché dans son coin, une choriste à croquer dans sa petite robe très classe et le fameux Beat Assaillant, un mc originaire d' Atlanta et installé en France depuis quelques années, pas le genre de mc putassier avec grosses chaines en or et débardeur avec vue sur pectoraux dopés à la créatine, non non, juste un ptit type pas bien épais mais qui sent le piège à filles à plein nez avec son air de pas y toucher, son côté "simple" et "gentil", son polo mauve bien sage et sa casquette trop grande négligemment posée sur son crâne.
Tout ça me donne envie de dire "saloperie de gendre idéal", tiens. Enfin bref, le concept de Beat Assaillant est tout simple, un vrai groupe de Jazz dans la plus pure tradition et un MC au style très fluide et délié, à la limite ce qui est prenant ce n' est pas tant le fond que la forme, pour ne rien cacher, les textes on s' en fout un peu, ce qui compte c' est la façon dont l' ensemble cohabite à merveille, c' est une vérité établie depuis une bonne vingtaine d' années, mais ces deux musiques sont faites pour être associées, deux styles si différents et pourtant si proches de par leur goût pour le funambulisme et l' improvisation. Il faut entendre la voix de Beat Assaillant rebondir délicatement sur les improvisations du combo, vivre ces cuivres qu' on ressent au fond de soi-même plus qu' on ne les entend, s' extasier devant la classe décidemment redoutable de cette fameuse choriste (dont chaque intervention arrache bizarrement à la foule des rugissements à l' odeur de testostérone assez prononcée), voir tout ce petit univers vivre dans sa cohérence bordélique pour comprendre ce qu' est un live de Beat Assaillant, au final c' est une expérience tellement particulière qu' il est quasiment impossible de la décrire.
Y a pas à dire tout y est, même les éclairs du saxophone qui ont un étrange effet désinhibiteur sur les plus pitoyables danseurs de la création, moi en tête, oui, ce soir je danse comme une patate mais bordel que c' est bon. C' est marrant ça, tous les visages dans l' assistance sont rayonnants, ce concert est un antidépresseur pour éléphants.
Tout se passe à merveille, c' est un très bon concert, très agréable, tout en simplicité, un concert dont on sent sans forcer qu' il est celui d' une poignée de vrais passionnés de musique, et puis "The Payback" débarque sans prévenir et avec lui la mélodie de trompette qui nappe le refrain, et cette choriste... Waouh je veux la même à la maison pour me chanter des trucs sous la douche. Et puis soudain, sur un dernier refrain, tout se coupe.
La lumière s' éteint, la musique aussi, bon dieu j' aurais jamais pensé que mille personnes pouvaient faire une ovation pareille.. En même temps si tout le monde braille comme moi ça n' a finalement pas grand chose d' étonnant. Ah mais tiens, la lumière vient de se rallumer d' un coup et la chanson a repris aussi sec, génial c'est pas fini. Beat Assaillant et la choriste (je pense que je n' ai pas besoin de rajouter un énième commentaire à son sujet, enfin remarque c' est pas ma faute si le célibat me travaille.. Bon Ok d' accord c' est en grande partie ma faute) enchainent 3-4 refrains, la foule suit, ça marche à merveille et là c' est le choc.
Le saxophoniste quitte sa place et se lance sur un solo génial, un bon 3 minutes d' improvisation, je regarde autour de moi tout le monde semble sur le cul. C' est rassurant, je ne suis donc pas le seul. Et le voilà qui parcourt la scène de long en large en faisant hurler son saxophone, y a pas à dire c' est le pied total. Ah mais il fait quoi là? il s' arrète devant le DJ? Ah oui, et c' est parti pour trois minutes de clash entre le saxophone et les platines, tout le monde autour est en extase, je jette un oeil en arrière vers mes potes que j' ai laissés à la traine sous le coup de l' euphorie, et je tombe sur une belle brochette de sourires niais et béats, on dirait que je suis pas le seul à trouver qu' il se passe un truc surnaturel, ce soir.
6-7 minutes d' improvisation du saxophoniste au final, puis il regagne sa place. Oh la vache, l' ovation de tout à l' heure c' était rien du tout, d' ailleurs j' ai une douzaine de concerts à voir ce week end et j' ai déjà la voix en vrac, ça promet. La lumière s' éteint à nouveau, cette fois-ci c' est fini. Enfin vu l' état du public il va y avoir un autre rappel, c' est évident, d' autant plus qu' ils n' ont pas fait le morceau que tout le monde attendait, "Hard twelve". Bon ben c' est gagné, c' est reparti pour un tour, le morceau emblématique de Beat Assaillant consituera plus une descente en douceur qu' une apothéose, il s' est bel et bien passé un truc magique sur "The payback" et ça n' a échappé à personne. Le groupe se décide finalement à arrèter, tant pis pour la foule qui réclame encore un rappel, mais il y a d' autres groupes qui attendent derrière.
Je sors de la foule, je rejoins mes potes, on est tous impressionnés et il nous faudra plusieurs minutes pour retoucher terre. On se regarde tous les uns les autres sans oser prendre la parole, chacun profite des dernières vibrations qui parcourent la salle.
-"Mortel"
-"Ouais"
-"Une bière?"
-"Aussi"
Après ça tout le reste du week-end, bien que d' excellente facture, aura un aspect anecdotique, le live à ne pas manquer était le premier, ça tombe bien on était là.
Ni Svinkels, ni Israel Vibration (qui avaient du se faire distribuer un échantillon gratuit de valium en loges avant le concert) ni High Tone ne pourront rivaliser dans les jours suivants, ce n' était pas un concert, c' était un orgasme collectif.
NB: Vous pourrez trouver sur Youtube une version live de "The Payback" au festival des vieilles charrues, ça n' a rien à voir avec ce qui s' est produit à Rock' n' Solex, le solo de saxophone des vielles charrues était hésitant, plein de couacs et de fausses notes, non vraiment rien à voir.
Sur scène il y a donc un batteur, un bassiste, un guitariste, un trio de cuivres (trombonne, trompette avec sourdine ouaouah et tout et tout et un saxophoniste), un DJ caché dans son coin, une choriste à croquer dans sa petite robe très classe et le fameux Beat Assaillant, un mc originaire d' Atlanta et installé en France depuis quelques années, pas le genre de mc putassier avec grosses chaines en or et débardeur avec vue sur pectoraux dopés à la créatine, non non, juste un ptit type pas bien épais mais qui sent le piège à filles à plein nez avec son air de pas y toucher, son côté "simple" et "gentil", son polo mauve bien sage et sa casquette trop grande négligemment posée sur son crâne.
Tout ça me donne envie de dire "saloperie de gendre idéal", tiens. Enfin bref, le concept de Beat Assaillant est tout simple, un vrai groupe de Jazz dans la plus pure tradition et un MC au style très fluide et délié, à la limite ce qui est prenant ce n' est pas tant le fond que la forme, pour ne rien cacher, les textes on s' en fout un peu, ce qui compte c' est la façon dont l' ensemble cohabite à merveille, c' est une vérité établie depuis une bonne vingtaine d' années, mais ces deux musiques sont faites pour être associées, deux styles si différents et pourtant si proches de par leur goût pour le funambulisme et l' improvisation. Il faut entendre la voix de Beat Assaillant rebondir délicatement sur les improvisations du combo, vivre ces cuivres qu' on ressent au fond de soi-même plus qu' on ne les entend, s' extasier devant la classe décidemment redoutable de cette fameuse choriste (dont chaque intervention arrache bizarrement à la foule des rugissements à l' odeur de testostérone assez prononcée), voir tout ce petit univers vivre dans sa cohérence bordélique pour comprendre ce qu' est un live de Beat Assaillant, au final c' est une expérience tellement particulière qu' il est quasiment impossible de la décrire.
Y a pas à dire tout y est, même les éclairs du saxophone qui ont un étrange effet désinhibiteur sur les plus pitoyables danseurs de la création, moi en tête, oui, ce soir je danse comme une patate mais bordel que c' est bon. C' est marrant ça, tous les visages dans l' assistance sont rayonnants, ce concert est un antidépresseur pour éléphants.
Tout se passe à merveille, c' est un très bon concert, très agréable, tout en simplicité, un concert dont on sent sans forcer qu' il est celui d' une poignée de vrais passionnés de musique, et puis "The Payback" débarque sans prévenir et avec lui la mélodie de trompette qui nappe le refrain, et cette choriste... Waouh je veux la même à la maison pour me chanter des trucs sous la douche. Et puis soudain, sur un dernier refrain, tout se coupe.
La lumière s' éteint, la musique aussi, bon dieu j' aurais jamais pensé que mille personnes pouvaient faire une ovation pareille.. En même temps si tout le monde braille comme moi ça n' a finalement pas grand chose d' étonnant. Ah mais tiens, la lumière vient de se rallumer d' un coup et la chanson a repris aussi sec, génial c'est pas fini. Beat Assaillant et la choriste (je pense que je n' ai pas besoin de rajouter un énième commentaire à son sujet, enfin remarque c' est pas ma faute si le célibat me travaille.. Bon Ok d' accord c' est en grande partie ma faute) enchainent 3-4 refrains, la foule suit, ça marche à merveille et là c' est le choc.
Le saxophoniste quitte sa place et se lance sur un solo génial, un bon 3 minutes d' improvisation, je regarde autour de moi tout le monde semble sur le cul. C' est rassurant, je ne suis donc pas le seul. Et le voilà qui parcourt la scène de long en large en faisant hurler son saxophone, y a pas à dire c' est le pied total. Ah mais il fait quoi là? il s' arrète devant le DJ? Ah oui, et c' est parti pour trois minutes de clash entre le saxophone et les platines, tout le monde autour est en extase, je jette un oeil en arrière vers mes potes que j' ai laissés à la traine sous le coup de l' euphorie, et je tombe sur une belle brochette de sourires niais et béats, on dirait que je suis pas le seul à trouver qu' il se passe un truc surnaturel, ce soir.
6-7 minutes d' improvisation du saxophoniste au final, puis il regagne sa place. Oh la vache, l' ovation de tout à l' heure c' était rien du tout, d' ailleurs j' ai une douzaine de concerts à voir ce week end et j' ai déjà la voix en vrac, ça promet. La lumière s' éteint à nouveau, cette fois-ci c' est fini. Enfin vu l' état du public il va y avoir un autre rappel, c' est évident, d' autant plus qu' ils n' ont pas fait le morceau que tout le monde attendait, "Hard twelve". Bon ben c' est gagné, c' est reparti pour un tour, le morceau emblématique de Beat Assaillant consituera plus une descente en douceur qu' une apothéose, il s' est bel et bien passé un truc magique sur "The payback" et ça n' a échappé à personne. Le groupe se décide finalement à arrèter, tant pis pour la foule qui réclame encore un rappel, mais il y a d' autres groupes qui attendent derrière.
Je sors de la foule, je rejoins mes potes, on est tous impressionnés et il nous faudra plusieurs minutes pour retoucher terre. On se regarde tous les uns les autres sans oser prendre la parole, chacun profite des dernières vibrations qui parcourent la salle.
-"Mortel"
-"Ouais"
-"Une bière?"
-"Aussi"
Après ça tout le reste du week-end, bien que d' excellente facture, aura un aspect anecdotique, le live à ne pas manquer était le premier, ça tombe bien on était là.
Ni Svinkels, ni Israel Vibration (qui avaient du se faire distribuer un échantillon gratuit de valium en loges avant le concert) ni High Tone ne pourront rivaliser dans les jours suivants, ce n' était pas un concert, c' était un orgasme collectif.
NB: Vous pourrez trouver sur Youtube une version live de "The Payback" au festival des vieilles charrues, ça n' a rien à voir avec ce qui s' est produit à Rock' n' Solex, le solo de saxophone des vielles charrues était hésitant, plein de couacs et de fausses notes, non vraiment rien à voir.
Prélude
Bon ben j' avais promis de vous parler de mon week-end au festival Rock' n' Solex, c' est parti.
Ca commence par un apéro chez un pote le jeudi soir, tout le monde est euphorique, on a nos pass trois jours en poche, pour une fois on se décide à décoller relativement tôt pour ne pas rater le début, en route. En sortant de l' appartement, un pote me fait remarquer que mon pass dépasse de la poche arrière de mon jean, je le plie donc en deux pour le mettre dans une des poches de devant. Ca a l' air d' un détail à la con pour meubler le récit, mais ça aura pourtant son importance plus tard sur le déroulement de la soirée
Arrivés sur place bien évidemment il ne faut pas rêver trouver une place de parking libre, un petit carré de pelouse à côté de la piste cyclable fait l' affaire, tant mieux. Vu qu' il nous reste quelques dizaines de minutes avant le début du concert qu' on ne veut pas rater (Beat Assaillant), on décide de prolonger l' apéro en attendant d' autres potes avec qui on a rendez-vous. Quelques verres plus tard, aucune trace des amis en question, décision est prise de décoller, on les retrouvera bien à l' intérieur. Et c' est parti pour un petit quart d' heure de marche à travers les pelouses boueuses du Campus Baulieu afin de rejoindre le chapiteau où ont lieu les concerts.
Arrivés devant l' entrée ça pousse de partout, la queue est assez fournie bien qu' il s' agisse seulement du premier soir et qu' on soit en semaine, les cuivres commencent à résonner, c' est sûr Beat Assaillant est en train de s' échauffer, s' ensuivent trois fouilles dont la dernière sur les premiers accords d' "I like cash", nickel, on arrive pile au bon moment. Y a pas à dire, la soirée s' annonce particulièrement bien.
Enfin ça c' est sans compter sur ma nature de gaffeur invétéré, le détail à la con du premier paragraphe refait irruption au moment où je m' aperçois que j' ai paumé mon pass, certainement en sortant mon paquet de clopes de ma poche. Oui mais j' ai une clope à la main et je l' ai allumée dans la file d' attente. Donc si mon pass est tombé à ce moment là il a péri dans d' atroces souffrances, piétiné par une foule compacte. J' suis pas dans la merde.
J' ai beau chercher y a pas de doute, j' ai bel et bien paumé mon pass. Qu' est-ce que je suis sensé faire? Acheter une place et tirer un trait sur mon pass? Oui mais ça ça voudrait dire que je vais payer 20 euros pour une soirée alors que j' avais mis 50 euros dans un pass trois jours, au final à ce tarif là je prends le train demain pour rentrer chez moi. Bilan de l' opération, 70 euros de place pour assiter à une seule soirée. C' est sûr qu' entre une place à 70 euros pour aller voir Céline Dion à Bercy et 70 euros pour voir Beat Assaillant j' hésite pas une seconde, reste que c' est juste hors de prix pour patauger dans la boue jusqu' aux chevilles.
Non, il faut que je fasse demi tour, au pire je prends les clés de la bagnole, si jamais je remets pas la main sur ma place, je dors dans la voiture et je rentre dégoutté demain, ça m' apprendra à être maladroit.
Et c' est parti pour le chemin inverse, déjà s' extraire de la file d' attente sous le regard étonné des autres candidats à l' entrée qui se demandent ce qui peut bien me pousser à me barrer. Tout le long je croise des gens hilares qui se dépèchent pour ne pas rater trop long du concert, moi je traine les pieds en regardant dans la boue des fois que je puisse retrouver mon pass. Non c' est sûr, c' est mort de chez mort, j' ai retracé tout le chemin et j' ai rien vu, c' est foutu pour moi, j' ai plus qu' à me faire à l' idée suivante: je vais attendre le retour de mes potes à 4H du mat en ruminant dans la bagnole, il pue ce week end en fait.
D' ailleurs en parlant de la bagnole j' y suis arrivé, mouais, game over mon ptit Sam. A tout hasard je fouille la voiture, on sait jamais. Bon en même temps fallait pas s' attendre à un miracle, mon pass n' est pas là non plus. Bon, qu' est-ce que je fais? J' arrète là ou je me fais du mal en cherchant ma place pour rien? Allez zou, je laisse parler mon côté maso.
Et c' est reparti pour refaire le chemin dans le sens aller, c' est perdu d' avance, mais au moins ça m' occupe, et puis ça m' évitera une partie des regrets, au moins j' aurai fait tout mon possible.
Non y a rien, décidemment je l' ai perdue dans la queue, au pire je peux attendre que les entrées se calment un peu, j' aurai peut-être une chance sur un milliard de retrouver mon pass dans un état correct, c' est mieux que rien.
Ah mais tiens, j' y pense, la première fois on est passés plus à droite à ce moment là, je me rappelle même que j' ai proposé une clope à quelqu' un. Tiens mais... Y a un bout de papier cartonné rectangulaire plié en deux dans l' herbe. Mouais voilà que je me donne de faux espoirs.
Pourtant en me rapprochant dudit bout de papier il me semble qu' il y a quelque chose d' écrit en caractères gris clair au dos, un peu comme sur un chèque ou... Ben, ou comme au dos des places de concerts qu' on fait imprimer à la Fnac. Merde, ce serait pas enfin mon jour de chance quand-même?
On dirait bien que si "Rock' n' Solex, pass trois jours"... Bordel, ce coup de moule que j' ai eu. Tiens, c' est moi qui viens de pousser un hurlement de bète sauvage? Ah ouais on dirait bien, tout le monde me regarde. Remarque ça permet de pas mal évacuer la pression ce truc. Bon allez, je recommence, tant pis pour les oreilles du voisinage.
Et c' est reparti pour une expédition au pas de course dans la boue direction le chapiteau, ça y est, je suis regonflé à bloc, j' ai failli passer à côté de mon week-end, il est hors de question désormais que j' en rate une miette. Visiblement j' étais pas le seul à ne pas vouloir rater le début de Beat Assaillant, la bonne nouvelle c' est que du coup y a plus grand monde qui fait la queue, ça va aller vite. Trois fouilles à nouveau, si j' étais armé ça commencerait à se savoir, enfin j' m' en fous, là je suis sur mon nuage. Un petit cri bestial et un poing rageur levé en direction de mes potes qui m' ont sagement attendu devant le chapiteau et je suis à l' intérieur.
On me tend un gobelet de bière, une cigarette conique à l' odeur agricole me passe entre les mains, c' est parti.
Ca commence par un apéro chez un pote le jeudi soir, tout le monde est euphorique, on a nos pass trois jours en poche, pour une fois on se décide à décoller relativement tôt pour ne pas rater le début, en route. En sortant de l' appartement, un pote me fait remarquer que mon pass dépasse de la poche arrière de mon jean, je le plie donc en deux pour le mettre dans une des poches de devant. Ca a l' air d' un détail à la con pour meubler le récit, mais ça aura pourtant son importance plus tard sur le déroulement de la soirée
Arrivés sur place bien évidemment il ne faut pas rêver trouver une place de parking libre, un petit carré de pelouse à côté de la piste cyclable fait l' affaire, tant mieux. Vu qu' il nous reste quelques dizaines de minutes avant le début du concert qu' on ne veut pas rater (Beat Assaillant), on décide de prolonger l' apéro en attendant d' autres potes avec qui on a rendez-vous. Quelques verres plus tard, aucune trace des amis en question, décision est prise de décoller, on les retrouvera bien à l' intérieur. Et c' est parti pour un petit quart d' heure de marche à travers les pelouses boueuses du Campus Baulieu afin de rejoindre le chapiteau où ont lieu les concerts.
Arrivés devant l' entrée ça pousse de partout, la queue est assez fournie bien qu' il s' agisse seulement du premier soir et qu' on soit en semaine, les cuivres commencent à résonner, c' est sûr Beat Assaillant est en train de s' échauffer, s' ensuivent trois fouilles dont la dernière sur les premiers accords d' "I like cash", nickel, on arrive pile au bon moment. Y a pas à dire, la soirée s' annonce particulièrement bien.
Enfin ça c' est sans compter sur ma nature de gaffeur invétéré, le détail à la con du premier paragraphe refait irruption au moment où je m' aperçois que j' ai paumé mon pass, certainement en sortant mon paquet de clopes de ma poche. Oui mais j' ai une clope à la main et je l' ai allumée dans la file d' attente. Donc si mon pass est tombé à ce moment là il a péri dans d' atroces souffrances, piétiné par une foule compacte. J' suis pas dans la merde.
J' ai beau chercher y a pas de doute, j' ai bel et bien paumé mon pass. Qu' est-ce que je suis sensé faire? Acheter une place et tirer un trait sur mon pass? Oui mais ça ça voudrait dire que je vais payer 20 euros pour une soirée alors que j' avais mis 50 euros dans un pass trois jours, au final à ce tarif là je prends le train demain pour rentrer chez moi. Bilan de l' opération, 70 euros de place pour assiter à une seule soirée. C' est sûr qu' entre une place à 70 euros pour aller voir Céline Dion à Bercy et 70 euros pour voir Beat Assaillant j' hésite pas une seconde, reste que c' est juste hors de prix pour patauger dans la boue jusqu' aux chevilles.
Non, il faut que je fasse demi tour, au pire je prends les clés de la bagnole, si jamais je remets pas la main sur ma place, je dors dans la voiture et je rentre dégoutté demain, ça m' apprendra à être maladroit.
Et c' est parti pour le chemin inverse, déjà s' extraire de la file d' attente sous le regard étonné des autres candidats à l' entrée qui se demandent ce qui peut bien me pousser à me barrer. Tout le long je croise des gens hilares qui se dépèchent pour ne pas rater trop long du concert, moi je traine les pieds en regardant dans la boue des fois que je puisse retrouver mon pass. Non c' est sûr, c' est mort de chez mort, j' ai retracé tout le chemin et j' ai rien vu, c' est foutu pour moi, j' ai plus qu' à me faire à l' idée suivante: je vais attendre le retour de mes potes à 4H du mat en ruminant dans la bagnole, il pue ce week end en fait.
D' ailleurs en parlant de la bagnole j' y suis arrivé, mouais, game over mon ptit Sam. A tout hasard je fouille la voiture, on sait jamais. Bon en même temps fallait pas s' attendre à un miracle, mon pass n' est pas là non plus. Bon, qu' est-ce que je fais? J' arrète là ou je me fais du mal en cherchant ma place pour rien? Allez zou, je laisse parler mon côté maso.
Et c' est reparti pour refaire le chemin dans le sens aller, c' est perdu d' avance, mais au moins ça m' occupe, et puis ça m' évitera une partie des regrets, au moins j' aurai fait tout mon possible.
Non y a rien, décidemment je l' ai perdue dans la queue, au pire je peux attendre que les entrées se calment un peu, j' aurai peut-être une chance sur un milliard de retrouver mon pass dans un état correct, c' est mieux que rien.
Ah mais tiens, j' y pense, la première fois on est passés plus à droite à ce moment là, je me rappelle même que j' ai proposé une clope à quelqu' un. Tiens mais... Y a un bout de papier cartonné rectangulaire plié en deux dans l' herbe. Mouais voilà que je me donne de faux espoirs.
Pourtant en me rapprochant dudit bout de papier il me semble qu' il y a quelque chose d' écrit en caractères gris clair au dos, un peu comme sur un chèque ou... Ben, ou comme au dos des places de concerts qu' on fait imprimer à la Fnac. Merde, ce serait pas enfin mon jour de chance quand-même?
On dirait bien que si "Rock' n' Solex, pass trois jours"... Bordel, ce coup de moule que j' ai eu. Tiens, c' est moi qui viens de pousser un hurlement de bète sauvage? Ah ouais on dirait bien, tout le monde me regarde. Remarque ça permet de pas mal évacuer la pression ce truc. Bon allez, je recommence, tant pis pour les oreilles du voisinage.
Et c' est reparti pour une expédition au pas de course dans la boue direction le chapiteau, ça y est, je suis regonflé à bloc, j' ai failli passer à côté de mon week-end, il est hors de question désormais que j' en rate une miette. Visiblement j' étais pas le seul à ne pas vouloir rater le début de Beat Assaillant, la bonne nouvelle c' est que du coup y a plus grand monde qui fait la queue, ça va aller vite. Trois fouilles à nouveau, si j' étais armé ça commencerait à se savoir, enfin j' m' en fous, là je suis sur mon nuage. Un petit cri bestial et un poing rageur levé en direction de mes potes qui m' ont sagement attendu devant le chapiteau et je suis à l' intérieur.
On me tend un gobelet de bière, une cigarette conique à l' odeur agricole me passe entre les mains, c' est parti.
7.5.08
Look! It's moving. It's alive!!
Et non je ne suis pas mort, j' ai juste eu très peu de temps pour poster ces derniers jours, pris entre une crève crevante (logique), un week end prolongé, pas mal de taf et et et... Le festival Rock n' Solex sur Rennes, avec des têtes d' affiche assez énormes (High Tone, Zenzile, Beat Assaillant, Svinkels, Israel Vibration).
La bonne nouvelle là-dedans c' est que j' ai plein de trucs à raconter, patience, ça arrive!
Et puis j' ai toujours un voyage musical à finir, moi...
La bonne nouvelle là-dedans c' est que j' ai plein de trucs à raconter, patience, ça arrive!
Et puis j' ai toujours un voyage musical à finir, moi...
23.4.08
Are you OK?
C' est l' histoire d' un type qui a l' occasion de sa vie, il passe une audition dont on devine qu' elle est importante pour lui tant il est prèt à s' investir pour la réussir coûte que coûte. C' est l' histoire d' un type banal, comme vous et moi (enfin surtout comme vous, du coup.. Ok je sors) qui voit déjà ce qui pourrait se passer si jamais il réussissait à passer le pied dans l' entrebaillement de la porte qui s' ouvre sous son nez. C' est une histoire tragique, je ne le cache pas, mais cette histoire est avant tout une grande leçon d' humilité, de combativité, de refus du renoncement. C' est l' histoire d' un type prèt à s' accrocher à tout prix à la moindre petite feuille de la branche qui s' est dérobée sous ses pieds si cela peut lui permettre de stopper sa chute. Pour préserver la teneur du récit je vous demanderai de ne pas céder à la tentation de consulter le lien avant d' avoir tout lu.
Le type a l' air bien, concentré, sûr de ses qualités, prèt à montrer à la face du monde tout ce qu' il sait faire. Seul devant la caméra qui le filme il se permet un petit sourire en coin, témoin de sa volonté d' en découdre. A le voir comme ça on aurait presque envie de la lui donner d' office, son audition, il a de la gueule notre candidat.
Seulement il commence sa prestation de la pire des manières sur une erreur de justesse à peine croyable. On peut toujours s' amuser à chercher les causes de ce loupé, excès de confiance? Trac mal dissimulé derrière le sourire de circonstance? Ou bien peut-être juste un manque de forme, un petit grain de sable innatendu venu se loger entre deux rouages huilés de sa prestation? Toujours est-il que les faits sont bel et bien là, dès les premières secondes il apparait comme évident que c' en est fini de ses chances.
C' est cet instant précis (non non pas un autre, c' est bien foutu quand-même) que choisit la nature humaine pour nous montrer ce qu' elle a de plus beau, pour sublimer l' essence même de cet être lancé dans une descente vertigineuse depuis le nuage sur lequel ses rêves l' avaient perché. Loin de se rendre à l' évidence en se disant qu' il n' y a plus rien à faire et qu' il vaut mieux abandonner, il persiste, enchaine comme si de rien n' était, ne lache pas le morceau avant que la dure réalité ne le rappelle à la raison, son échec inaugural lui a infligé un coup dont il était tout simplement impossible de se remettre. Et c' est ça qui, finalement, fait de ce petit moment de vie tout à la fois un témoignage poignant de ce que la volonté humaine permet de réaliser en termes de transcendance et une tragédie digne des plus grands dramaturges antiques. L' homme a tout mis dans sa prestation, tout donné, il a refusé jusqu' au dernier instant l' échec, tentant dans un élan de folie de rassembler les lambeaux malmenés de ce qui fût son orgueil et sa fierté.
Il a réussi à sauver la face en se prouvant à lui-même et à ses juges qu' il était là pour y arriver et pas pour échouer aussi lamentablement que le voulait son destin. Malheureusement, ses efforts sont vains comme on pouvait s' y attendre dès le début.
Il est parfois inutile d' insister, de se battre, mais c' est tellement plus noble de le faire quand-même..
C' est ici que ça se passe
Le type a l' air bien, concentré, sûr de ses qualités, prèt à montrer à la face du monde tout ce qu' il sait faire. Seul devant la caméra qui le filme il se permet un petit sourire en coin, témoin de sa volonté d' en découdre. A le voir comme ça on aurait presque envie de la lui donner d' office, son audition, il a de la gueule notre candidat.
Seulement il commence sa prestation de la pire des manières sur une erreur de justesse à peine croyable. On peut toujours s' amuser à chercher les causes de ce loupé, excès de confiance? Trac mal dissimulé derrière le sourire de circonstance? Ou bien peut-être juste un manque de forme, un petit grain de sable innatendu venu se loger entre deux rouages huilés de sa prestation? Toujours est-il que les faits sont bel et bien là, dès les premières secondes il apparait comme évident que c' en est fini de ses chances.
C' est cet instant précis (non non pas un autre, c' est bien foutu quand-même) que choisit la nature humaine pour nous montrer ce qu' elle a de plus beau, pour sublimer l' essence même de cet être lancé dans une descente vertigineuse depuis le nuage sur lequel ses rêves l' avaient perché. Loin de se rendre à l' évidence en se disant qu' il n' y a plus rien à faire et qu' il vaut mieux abandonner, il persiste, enchaine comme si de rien n' était, ne lache pas le morceau avant que la dure réalité ne le rappelle à la raison, son échec inaugural lui a infligé un coup dont il était tout simplement impossible de se remettre. Et c' est ça qui, finalement, fait de ce petit moment de vie tout à la fois un témoignage poignant de ce que la volonté humaine permet de réaliser en termes de transcendance et une tragédie digne des plus grands dramaturges antiques. L' homme a tout mis dans sa prestation, tout donné, il a refusé jusqu' au dernier instant l' échec, tentant dans un élan de folie de rassembler les lambeaux malmenés de ce qui fût son orgueil et sa fierté.
Il a réussi à sauver la face en se prouvant à lui-même et à ses juges qu' il était là pour y arriver et pas pour échouer aussi lamentablement que le voulait son destin. Malheureusement, ses efforts sont vains comme on pouvait s' y attendre dès le début.
Il est parfois inutile d' insister, de se battre, mais c' est tellement plus noble de le faire quand-même..
C' est ici que ça se passe
Inscription à :
Messages (Atom)